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             UNION LOCALE FCPE SAINT-MAUR

COMPTE-RENDU DE LA CONFERENCE-DEBAT 
SUR LES JEUX DANGEREUX

DU 31 JANVIER 2008



Mme Françoise COCHET a fondé l’association APEAS (Association de Parents d’Enfants Accidentés par Strangulation) en octobre 2000, à la suite du décès de son fils Nicolas, 14 ans.

Elle commence son intervention en nous décrivant les conditions de ce drame :

Un soir, l’aîné de ses 3 enfants lui annonce qu’il va se coucher plus tôt, pour pouvoir regarder le lendemain matin, la retransmission des Jeux Olympiques de Sydney. Sa mère, ne se doutant de rien, n’y voit évidemment aucun inconvénient. Le lendemain matin, à 6H00, sa plus jeune fille de 6 ans la réveille en lui disant que le réveil de Nicolas sonne dans le vide depuis de nombreuses minutes. Mme Cochet lui alors d’aller voir son frère. La petite fille revient très vite en disant que son frère est bizarre. Mme Cochet et ses 2 jeunes enfants (son mari est en déplacement) découvrent alors Nicolas, debout, le corps appuyé sur le montant vertical de son lit superposé, une ceinture de judo autour de son cou, accrochée au montant supérieur du lit. Abasourdie par ce spectacle, Françoise Cochet ne comprend pas mais est malheureusement sûre d’une chose : son fils est mort, et sans doute depuis la veille. Elle ne touche à rien, elle en est incapable, se replie dans une autre pièce avec ses enfants et appelle les secours, qui ne pourront que constater le décès : son fils est mort d’un arrêt cardiaque. L’un des secouristes lui dit rapidement que son fils est décédé d’un « accident » et pas d’un suicide.

 

Après l’enquête et de nombreuses conversations avec des proches de son fils, elle apprend qu’il pratiquait ces « jeux » depuis plusieurs mois, au collège, avec ses camarades et seul dans sa chambre.

Il pensait ne courir aucun risque et être toujours capable de recommencer à respirer.

A cette époque, aucune information ne circulait, mais les pratiques existaient déjà : on en recense depuis les années 1950 ! Encore aujourd’hui, les médecins, les psychologues, les enseignants et les animateurs sont peu au courant.


Les pratiques

-          apnée volontaire très longue (chronométrée par les copains), qui entraîne une syncope (évanouissement) avec risque d’arrêt cardiaque. Les enfants deviennent tout rouge : jeu de la tomate

-          hyper-ventilation (grandes inspiration/expiration), associée à des mouvements de flexion/extension rapides, suivis d’un blocage au niveau du sternum, opéré par un copain. Les conséquences sont identiques à celles du jeu de la tomate : jeu du sandwich (c’est ce qui a sans doute été pratiqué, d’après les témoignages au collège Pissarro, l’an dernier)

-          hyper-ventilation associé à une compression des carotides par un copain. Cela entraîne également un évanouissement, suivi de convulsions avec aussi risque d’arrêt cardiaque : rêve indien ou rêve bleu. Les témoignages parlent d’hallucinations visuelles et auditives, accompagnées d’une relaxation intense.

 

Très souvent, ces pratiques s’opèrent d’abord en groupe à l’école, au collège : c’est un copain qui effectue les gestes de « strangulation » et qui les stoppe en général avant le drame. Les copains vont même jusqu’à allonger l’enfant inconscient pour lui éviter de se blesser en tombant. Mais ensuite, l’enfant reproduit ces jeux, seuls à la maison : comme il n’arrive pas, seul, avec ses doigts ou ses mains, à obtenir les même effets, il utilise alors un lien, ceinture, foulard … Dans ce cas, la « strangulation » se poursuit après le début de l’évanouissement, et les conséquences peuvent être terribles.

Du fait des sensations décrites comme agréables au moment de la reprise de conscience, ces  pratiques peuvent conduire certains enfants à une addiction très forte à ces jeux dangereux : des témoignages rapportent le cas de répétition de gestes jusqu’à 10 fois par jour.

Dans ces cas, heureusement très rares, la prévention et l’explication des risques ne suffisent pas à enrayer le processus : il faut l’associer à un suivi psychologique.

 

Les signes précurseurs

Dans la majorité des cas, les parents d’enfants victimes ont confirmé, après coup, la présence de ces signes d’alerte. Malheureusement, n’étant pas informés, ils n’y avaient pas accordé d’attention. Ces signes sont les conséquences de pratiques de jeux dangereux.

-  violents maux de têtes, très brefs mais récurrents

-   consommation anormale d’aspirine (due aux maux de tête)

-   douleurs auriculaires inexpliquées

-   tâche rouge dans le blanc de l’œil

-   bruits sourds dans la chambre de l’enfant (chutes après évanouissement ou convulsions)

-    liens « cachés » sous l’oreiller, sous le matelas, sous le lit. Le lien peut être attaché à n’importe quoi : montant du lit superposé, poignée de porte, etc

 

La prévention

Il faut arrêter de véhiculer l’idée que la prévention des jeux dangereux entraîne le passage à l’acte ou donne des idées aux enfants. 
Les enfants parviennent toujours à obtenir l’information, mais ils n’ont aucune idée de la dangerosité de ces jeux. Et c’est que là que la prévention est indispensable. Sinon, le fantasme prend le pas et les enfants essayent. La prévention doit être faite par des personnes qui maîtrisent le sujet. Ces pratiques ont lieu aussi bien en maternelle qu’au lycée. Il faut aussi aider les enfants « témoins » à prendre conscience du risque encouru par leurs copains.

 

On peut expliquer à des enfants très jeunes, dès la maternelle, le principe de la respiration.

On leur montre ce qui se passe quand on arrête, longtemps, la respiration. Cette mauvaise irrigation du cerveau a des conséquences multiples, dont on peut donner des exemples précis :

-          des années après la pratique de jeux dangereux, il peut y avoir installation de crises d’épilepsie chroniques, qui empêchent par exemple de passer son permis de conduire

-          des accidents lors de ces jeux dangereux peuvent entraîner des handicaps légers ou très lourds, qui entraîneront une dépendance à vie dans les gestes du quotidien

-          enfin, et c’est le plus grave, cette manipulation des carotides entraîne une réaction du système nerveux parasympathique, qui ralentit le cœur, voir l’arrête brutalement, avant que la strangulation en elle-même fasse effet.

 

Point sur les textes en vigueur

Avant 2000, aucun texte ni circulaire ne mentionnait ce problème dans les établissements scolaires.

En 2000 : sous la pression de l’association APEAS, et après la parution de quelques articles, Jack Lang, alors ministre de l’EN, envoie une circulaire à tous les recteurs, mentionnant les risques de ces pratiques dans les écoles et les collèges.

En 2003 : Xavier Darcos envoie une 2ème circulaire sur le sujet, destinée aux seuls collèges.

En 2005 : les parents d’une jeune victime saisisse le Ministre de l’Intérieur (N. Sarkozy), par le biais de la Délégation aux Victimes, nouvellement créée. Le Ministère demande que les brochures de l’APEAS soient distribuées dans tous les services de police et de gendarmerie du territoire. Jusqu’alors, ces services avaient du mal à diagnostiquer, lors d’un décès, les conséquences d’un jeu dangereux. Encore actuellement, il n’y a pas de statistiques précises : on « range » ces décès dans les morts subites (non expliquées).

En 2006 : plusieurs réunions ont eu lieu au ministère de l’EN dans le but d’éditer une brochure (en partenariat, entre autres, avec l’APEAS)

Début 2007 : cette brochure est officiellement distribuée dans toutes les écoles et les collèges. Fin mai 2007 : élaboration du film, destiné aux adultes.

Juin 2007 : Xavier Darcos envoie une circulaire rappelant aux établissements scolaires (écoles et collèges) la nécessité et l’urgence d’informer les parents et d’organiser la prévention à destination des enfants.

Une « valise » de formation est élaborée par l’APEAS grâce au mécénat très actif de Sanofi Aventis (Mme Cochet était salariée de cette société au moment du décès de son fils).

Cet outil est mis à disposition dans toutes les inspections.

 

Avant de nous passer le film élaboré par l’association à destination des adultes, Mme Cochet nous signale différents livres à destination des enfants, qui font sans le savoir, du moins elle l’espère, l’apologie de ces jeux dangereux :

-         «  Jouer des pieds à la tête » chez Nathan, paru en 1999, dans lequel sont vantés les effets du jeu de la tomate

-          « Jeux zen » chez Nathan, paru en 2004, c’est une réédition du précédent

-          « L’île du roi lézard » chez Folio Junior, où l’on trouve une incitation à la strangulation

Ces livres ont été retirés de toutes les bibliothèques de la Ville de Paris.

Cela signifie qu’il faut rester vigilant et apprendre aux enfants très jeunes les risques des gestes sur le cou et les carotides, comme on le fait tous de manière naturelle en disant, par exemple, à nos enfants de ne pas se mettre un sac en plastique sur la tête ! (après la conférence, des parents nous ont signalé également un dessin animé de la série « tomtom et nana » où tomtom joue au saut à l’élastique, un élastique autour du cou.)

Mme Cochet lit également un extrait de « Faust au village » de J. Giono, qui décrit des pratiques de strangulation en famille.

 

Le film

C’est une suite de témoignages de parents d’enfants accidentés, de copains de ces enfants et d’adolescents qui en ont réchappé.

Il en ressort que ces pratiques concernent tous les milieux. Elles touchent des enfants équilibrés, intelligents, socialement bien intégrés …. Enfin, des enfants comme les nôtres !

Ce film est difficile, émouvant et en même temps très motivant : il pousse à agir … et vite !

Certains parents cachent les raisons de la mort de leurs enfants, d’autres vivent avec le « suicide » de leur enfant, alors qu’il s’agit d’un accident, du « jeu » qui a mal tourné.

 

Questions de la salle

En préambule, Agnès Defontaines (FCPE Michelet et Pissarro) nous rappelle les raisons qui l’ont poussée à organiser (avec la PEEP Champignol) cette conférence : l’an dernier, 3 adolescents du collège Pissarro se sont retrouvés aux urgences à la suite de pratiques de jeux dangereux au sein de l’établissement. Nous avions très vite demandé à l’administration d’en profiter pour faire une opération de prévention auprès des élèves, en leur proposant notre aide et celle d’une association. Malheureusement, le collège s’est abrité, pour faire court, derrière l’idée qu’ « il ne fallait pas donner de mauvaises idées aux enfants ». Agnès connaissait certains des ados et leurs copains. Elle s’est aperçue que ces pratiques existaient depuis longtemps, étaient connus des enfants du collège, et qu’ils n’avaient aucune notion de leurs dangers ! Comme il s’agissait d’anciens élèves de l’école Champignol, Agnès a  tenté de mettre sur pied une opération de prévention à l’école : devant les réticences de l’institution, elle a organisé cette conférence, destinée aux seuls parents, dans l’espoir de faire bouger les choses dans les écoles et les collèges de St-Maur.


Quelle est la proportion de filles et de garçons s’adonnant à ces jeux dangereux ?
(le film ne montre que des garçons)

FC : La pratique concerne autant les filles que les garçons. Par contre, les décès liés à ces jeux ne concernent que 10% de filles (contre 90% de garçons). Mme Cochet ne se l’explique pas.

Comment se comportent les enfants pendant et après la prévention ?

FC : Ils sont attentifs aux explications, très curieux, posent beaucoup de questions.

Après les conférences, d’après les témoignages et le suivi opéré, pas un enfant n’a essayé de mettre en pratique l’un de ces jeux. Au contraire, beaucoup ont totalement cessé.

Les intervenants d’APEAS font remplir des fiches aux enfants pour voir si le message est bien passé : là encore, les enfants ont une bonne perception des risques quand on leur explique clairement. Souvent, ils remercient l’association de leur avoir ouvert les yeux.

Mme Cochet estime qu’en maternelle et élémentaire, il est souhaitable que la prévention soit faite par une autre personne que l’enseignant : cela peut être l’infirmière ou le médecin scolaire, un parent médecin, qui aura lu attentivement la « valise » de formation de l’APEAS.

En secondaire, le professeur de SVT, peut très bien remplir ce rôle dans chaque classe, aidé aussi par les documents de l’association.

On peut aussi faire appel à des « officiers de prévention », membres de la police, formés à ces problèmes.

Dans tous les cas, les parents doivent être également informés, très largement.

Témoignage d’une maman

Sa fille de 6 ans lui rapporte un jour qu’elle se retient de respirer en classe, et que c’est rigolo.

Aussitôt, la maman, infirmière, écrit un mot à la maîtresse, pour lui signaler les choses, et en parler. La réponse est très courte : « je sais, cela ne concerne que votre fille et un de ses copains. »  La maman était très étonnée d’une telle banalisation, et d’un tel refus de voir les choses en face !

Avez-vous prévu de distribuer votre « valise » dans les IUFM ?

Laurence Ulmann (FCPE Louis-Blanc) est formatrice à l’IUFM : il lui serait facile  de toucher très vite les nouveaux enseignants et les anciens par le biais de la formation continue. Mme Cochet lui donne une « valise » d’information.

Autres interventions

- Le Principal d’un collège de St-Maur n’a pas voulu distribuer les invitations à la conférence de ce soir, par le biais des élèves : toujours cette même peur de donner des idées aux enfants. Il a seulement accepté de la mettre sur le blog du collège.

- Aux Tilleuls, l’an dernier, l’intervention d’une association dans le cadre du collège sur les jeux dangereux a été annulée au dernier moment par l’établissement.

- Une mère d’élève de Jeanne d’Arc est étonnée que l’information passe si mal dans les établissements publics : dans l’école de ses enfants, quelques semaines après l’incident à Pissarro, tous les parents ont été invités à consulter plusieurs sites sur ce problème. 

Proposition de Nassira Lafforgue (FCPE Rabelais)

Pour accélérer les choses, nous pourrions faire en sorte que toutes les APE (FCPE, PEEP et Indépendants) demandent que ce point soit mis à l’ordre du jour des Conseils d’Ecoles, des Conseils d’Administration et des Commissions d’Education à la Santé et à la Citoyenneté  de tous les établissements de St-Maur (maternelles, élémentaires et collèges : 28 établissements). Les prochains sont pour bientôt : il faut faire vite.

Les représentants de la PEEP présents sont d’accord.

Des mallettes pédagogiques de prévention, validées par l’Education Nationale, sont fournies par l’APEAS aux établissements scolaires, qui en font la demande (personnel enseignant, infirmières et médecins scolaires, uniquement).


La question est posée de la formation des animateurs de cantine/garderie et surveillants en secondaire
. 
4 membres du personnel des activités périscolaires sont présents dans la salle, ils ont lu l’invitation par hasard (tombée d’un cahier pendant l’aide aux devoirs). Ils souhaitent être formés.

 

Mme Cochet insiste sur le fait que les enfants n’ont pas de pulsion morbide, il s’agit pour eux d’un jeu sur leurs sensations, qui peuvent concerner également les sensations d’ordre sexuels pour les adolescents les plus âgés.  C’est l’explication des conséquences physiologiques qui les ramènent à la réalité du danger.

Aujourd’hui un problème supplémentaire se pose : les enfants se filment et diffusent sur internet ou via les téléphones portables.

Mme Cochet signale également un livre à destination des plus petits qui permet d’aborder la question : « Petites histoires pour devenir grand » volume 2 de Sophie Carquain

 

Conclusion

Les parents d’élèves de Champignol remercient Mme Cochet d’avoir animé cette conférence-débat passionnante, et ils espèrent qu’elle sera le prélude à une vaste campagne de prévention dans les établissements de St-Maur. 

 

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